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Saint - Priest
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Groupe scolaire Simone Signoret
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DE LA PRATIQUE DU KI ET DE L’ESPRIT INTUITIF DANS L’ART DU SABRE JAPONAIS
S’il est un sujet qui dérange beaucoup de pratiquants d’arts martiaux, c’est bien celui du KI et de certains « pouvoirs » psychiques en lien avec l’esprit intuitif d’anticipation.
En effet, si beaucoup de pratiquants et de médias évoquaient et faisaient référence au concept du KI dans les BUDO, il y a encore une dizaine d’année, force est de constater que le KI n’est plus que rarement considéré comme un élément essentiel de toute pratique martiale. Pire, beaucoup de pratiquants semblent gênés et embarrassés lorsqu’on leur demande quelle est leur conception et leur pratique du KI ; certains niant tout bonnement toute conception « supra physique » du KI et ne retiennent comme définition que le mouvement (énergie) mécanique des hanches (koshi). Telle est, par exemple, la définition du KI donnée par beaucoup d’aikidokas.
Quant à l’utilisation de l’esprit intuitif dans les BUDO, combien de pratiquants sont – ils conscients de son existence ?
Pour toutes ces raisons, il m’a semblé opportun d’expliquer, de façon pratique, en quoi consiste l’utilisation du KI et de l’esprit intuitif dans les BUDO en général et plus précisément dans la voie du sabre.
L’ENERGIE VITALE OU KI :
En ce qui concerne la définition du KI, beaucoup ont tenté d’en donner une définition précise (ou imprécise). Il semble que le KI puisse être rattaché au concept de PRÂNA chez les Indiens, ou « souffle vitale », c'est-à-dire une énergie très subtile véhiculant tout principe de vie chez les êtres vivants. Même si cette définition reste très théorique, nous verrons un peu plus loin que nous pouvons en ressentir les effets de façon pratique.
Il semble que ce soit surtout à partir du vingtième siècle que l’on commence à associer KI et BUDO, notamment à travers l’AIKIDO, et le KARATE, à partir des années 30, époque de création de ces deux disciplines. Il semble que le KI soit intrinsèquement lié à la notion de DO ou MICHI, c'est-à-dire la voie, ou chemin à parcourir dans le cadre d’une discipline. Précisons que le kanji DO est constitué par l’empreinte d’un pied sur un chemin, ce qui semble indiquer que le but de la voie n’est pas d’atteindre le bout du chemin, un objectif, mais d’être conscient et pleinement présent, ici et maintenant, que l’on marche sur ce chemin.
Auparavant et notamment dans les écoles anciennes d’escrime japonaise, il n’est jamais ou très rarement fait mention du KI. Il (me) semble que l’utilisation du KI dans l’escrime était tellement évidente qu’il n’était pas nécessaire de s’y arrêter dans des écrits consacrés aux techniques et à l’esprit de l’escrime.
Par contre, l’éducation des guerriers laissait une place très importante à l’éducation du HARA (ventre), dans le cadre de HARAGEI ou « l’art du ventre », comme support de l’expression du guerrier dans tous ses actes, aussi bien que dans la pratique de n’importe quelle forme d’art japonais.
Or, HARAGEI est incontestablement lié à la pratique du KI et elle en constitue le fondement et l’étape préliminaire à l’application martiale du KI.
HARAGEI consiste d’abord à mettre sa conscience (visualiser) dans le SEIKA TANDEN, point unique ou centre du HARA qui se situe deux centimètres sous l’ombilic. Ce HARA est considéré comme un océan d’énergie et il n’est pas rare, dans l’iconographie boudhiste, de représenter BOUDHA avec un océan et des vagues à l’emplacement du bas ventre.
HARAGEI consiste, ensuite, à se concentrer sur l’expiration, la plus longue possible, en poussant et en tendant les muscles du bas ventre. L’inspiration doit se faire naturellement, tout en étant assez courte, afin de ne pas présenter trop de vulnérabilité à l’adversaire. L’alternance de l’inspiration et de l’expiration crée le KOKYU.
Certains comparent le HARA à un moteur, auquel, il convient d’apporter de l’oxygène et une étincelle pour le faire fonctionner.
C’est pourquoi la pratique du KOKYU ou « inspire – expire » est l’une des clés de l’utilisation du HARA.
Aucune utilisation du HARA n’est possible sans la maîtrise de KOKYU.
Il en est de même pour le KIAI JUTSU ou technique de pousser le KIAI.
Il me semble, et c’est une interprétation personnelle, que les guerriers ne parlaient pas du KI car il leur semblait évident qu’une puissante expiration dans leur HARA alliée à une forte détermination, leur permettait d’influencer leur adversaire.
Concrètement, l’adepte visualise son SEIKA TANDEN, inspire naturellement sans trop prendre son temps (on est bien plus vulnérable à une attaque sur l’inspire que sur l’expire) et se concentre (met toute sa volonté) sur l’expiration. Il faut expirer le plus longtemps possible tout en économisant le débit d’expiration et agir dans l’action sur cette expiration. En matière de pratique du IAI, par exemple, il faudrait réaliser son kata sur une seule expiration depuis le moment où l’on pousse sur la tsuba pour dégainer, jusqu’à la fin de nototsuke ou action de rengainer le sabre.
Cependant, pour utiliser ou véhiculer le KI à l’extérieur de soi, le simple KOKYU est insuffisant si l’on ne fait pas intervenir une certaine forme de volonté / pensée.
En effet, si l’on se réfère à un très ancien adage dans les écoles des mystères, d’Asie ou d’Occident, selon lequel « l’énergie suit la pensée », il est donc possible par le simple fait de dégager une pensée de volonté ou de forte détermination, de diriger ce KI afin « d’impressionner » un sujet à distance et sans le moindre contact physique.
Si l’on considère que tout être vivant baigne dans un océan de KI et que ce KI est présent dans chaque atome, dans chaque être et dans l’espace qui sépare deux êtres, alors il n’est pas déraisonnable de considérer que ce KI peut servir de trait d’union entre deux personnes. La question est : comment utiliser et agir sur quelqu’un grâce à ce trait d’union ?
C’est alors qu’intervient cette pensée ou forte détermination qui est une clé essentielle de l’utilisation du KI.
Pour illustrer mon propos, il suffit de se référer aux écoles de sabre ou au kendo dans lesquels on parle de KIZEME ou offensive par le KI. L’aspect détermination est clairement exprimée dans la confrontation, le combat, entre deux escrimeurs, chacun essayant de repousser l’autre avec une forte détermination, combinée à une puissante expiration dans le HARA de chaque combattant. Cette forte détermination ou volonté, peut être développée non pas par la hargne au combat (manifestation de l’ego) mais par certains exercices tels que ceux de MIKKYO ( boudhisme ésotérique) des écoles SHINGON ou TENDAI, en se concentrant notamment sur une manifestation de BOUDHA nommé FUDO MYO Ô par le triple mystère (sanmitsu). De fait, beaucoup d’écoles anciennes incluent la pratique de MIKKYO dans leur enseignement, mais cela est un autre sujet.
Aucune manifestation du KI n’est donc possible sans la maîtrise combinée de HARAGEI et de l’esprit de détermination (volonté pensante).
Il est certain que plus des adeptes auront un sens aiguisé de perception du KI, plus les effets du KI se manifesteront de façon évidente aux adeptes. « Celui qui n’a rien, ne sentira rien » disait le maître de sabre TORAI SHIRU au 19ème siècle. Mais celui qui ne sentira rien et qui attaquera « en dépit du bon sens » sentira assurément la lame de sabre de son adversaire lui ouvrir le front. Habituellement, celui « qui ne sent rien », ressentira tout de même, une impression de menace qui lui dit de ne pas avancer. Les maîtres de sabre des temps passés avaient assurément cette capacité de repousser leur adversaire par le KI. Nier ces faits qui se sont déroulés devant témoins relève de l’imbécilité de notre mental analytique et de notre suffisance d’homme du 20ème siècle.
Et les adeptes d’aujourd’hui peuvent retrouver les mêmes capacités, à un niveau moindre.
Cette forte détermination va être facilitée par la visualisation (qui est une certaine forme de pensée ou de projection d’une image) de deux éléments, l’un lié aux mains, l’autre lié à la visualisation d’un trait d’union entre son sabre et l’adversaire et dont je ne peux dévoiler la nature dans ces lignes sans trahir le secret de la pratique.
L’utilisation du KI en situation de combat relève d’un double travail tactique de répulsion et d’attraction de l’adversaire.
Le travail de répulsion (le KIZEME du combat de kendo) consiste à repousser l’adversaire, c’est à dire l’empêcher d’attaquer, tout en prenant son centre (voir infra). Ainsi, si votre force de répulsion est égale à deux et que celle de votre adversaire est égale à une, c’est la force la plus puissante qui, de fait, repoussera la force moins puissante. Une application très pratique de la force de répulsion du KI est la suivante : Si vous jetez dans l’eau un petit caillou et un gros caillou, l’onde (manifestation du KI ou de la masse du caillou) du gros caillou l’emportera sur celle du petit caillou.
Face à deux KI qui se confrontent, chacun essaie de rentrer dans la garde de l’autre pour faire reculer l’adversaire (KIZEME) ou l’inciter à ne pas attaquer (KI d’opposition ou KI discordant). Celui qui a le plus de KI rentre dans la garde de son adversaire et fait reculer l’autre (il le fait fondre comme de la neige au soleil) qui est incapable de soutenir une telle pression. Celui qui a moins de KI va lui aussi essayer de rentrer dans la garde de l’autre et il va « compresser » le KI de son adversaire jusqu’à ce qu’il se sente brutalement repoussé EXACTEMENT comme une matière caoutchouteuse que l’on compresse au maximum et qui va imprimer un mouvement contraire afin de reprendre son volume initial. C’est pourquoi, face à un adepte qui maîtrise le KI, on a l’impression d’être face à un bloc de glace ou face à une montagne en mouvement et on expérimente la désagréable impression d’être dominé physiquement et psychiquement.
Le travail d’attraction est encore plus subtile et plus difficile à réaliser. Il consiste à attirer l’adversaire vers soi pour l’inciter à lancer son attaque et ainsi lui imposer une technique en irimi (entrée en anticipation). Or, que ce soit une expression du KI en répulsion ou en attraction, votre esprit ou SHIN (ce qui est au-delà du mental analytique) est constamment projeté sur l’adversaire ce qui vous permet de réagir spontanément à ses réactions (irimi). Le KI en attraction peut être rapproché de la conception de l’aikido par le maître Ueshiba, dans laquelle la loi de l’amour universel tient une part prépondérante dans la définition de son art. Or, la loi d’amour ou d’attraction, est souvent plus difficile à réaliser que la loi de haine ou de répulsion. Précisons en passant que notre association, AIKIKAI DU RHÔNE, est l’une des rares, sinon la seule, dans laquelle on met autant l’accent sur l’utilisation du KI dans la pratique de l’aiKIdo et que toute pratique de l’aikido qui n’utiliserait pas de façon pratique le KI mériterait d’être appelée TAI JUTSU (techniques corporelles), mais certainement pas aikido. Etant donné qu’aujourd’hui l’utilisation du KI en attraction ou en répulsion (et l’utilisation du KI tout court !) semble tout à fait absente dans la pratique même d’aikidoka « haut gradés » on ne peut que raisonnablement comprendre pourquoi il y a autant de « querelles de chapelles » entre le courant de maître Dupont et celui de maître Durand et pourquoi l’aikido d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celui de Maître Ueshiba. A ceux qui doutent de mes propos, je conseille de revoir les DVD sur Maître Ueshiba : les techniques corporelles sont les mêmes, mais l’état d’esprit sous jacent à la pratique n’a plus rien à voir.
Dans notre école de sabre, ce travail du KI est regroupé sous le vocable de SHINMYO KEN, ou le « sabre de l’esprit mystérieux » ou « le sabre de l’esprit qui produit la manifestation de l’esprit » (c'est-à-dire le ki).
Le KI est donc un élément essentiel du BUDO. Le BUDO n’existe pas sans l’utilisation du KI ; sinon on parle de sports de combats où seule la force physique et une certaine volonté de gagner priment.
Dans l’art du sabre, le travail du KI est donc intrinsèquement lié à la conception tactique du combat en sabre. Ce travail du KI crée un trait d’union qui UNIE les deux adeptes et qui finit par effacer toute notion de dualité. Les deux adeptes ne forment plus qu’une seule entité.
LE SHIN OU ESPRIT INTUITIF :
Si le concept du KI est à peu près absent des ouvrages des maîtres de sabre des temps anciens, il est par contre systématiquement fait allusion à SHIN dans les makimono (rouleaux) où sont consignés les GOKUI ou « mystères cachés » de la pratique martiale. On ne compte plus les écoles anciennes constituées des KANJI « SHIN » avec des traductions différentes (esprit, centre, dieux, etc …). C’est dire l’importance de SHIN dans la pratique martiale.
La maîtrise de SHIN (le sien et celui de l’adversaire) a toujours été l’étape ultime de la maîtrise d’une situation de combat et l’étape ultime du BUDO qui permet de sublimer (et pas seulement de mettre fin à) la notion même de combat et donc d’opposition et de dualité. J’insiste lourdement sur ces mots et nous comprendrons pourquoi dans les prochaines lignes.
Le KANJI « SHIN » correspondant à « esprit » se lit également « KOKORO » que l’ont peut traduire par cœur, ou centre. Ainsi, le SHIN d’une personne est à la fois son esprit et son centre. L’esprit est le centre et le centre est l’esprit ou mieux encore : qui sait prendre l’esprit d’une personne sait prendre son centre et qui sait prendre le centre d’une personne sait prendre son esprit.
Ainsi, deux techniques essentielles de notre école, dans la partie cachée « OKUDEN » se nomment SHIN O SASU (piquer le centre ou l’esprit) et SHIN O KIRU (couper le centre ou l’esprit). Comme je l’enseigne souvent à mes élèves, l’art du sabre (et par extension tous les BUDO), consistent à prendre le SHIN de l’adversaire, en imposant son SHIN, sans perdre son propre SHIN.
Si le SHIN fait référence à l’esprit, de quel esprit parle – t’on ?
Aussi bien en français qu’en japonais, le concept d’esprit est assez vague : parle – t’on du mental analytique ? de l’esprit divin ? du mental ou de l’esprit intuitif ? de mental inférieur et de mental supérieur ?
Sans trop faire d’esprit, on peut (on doit) considérer le SHIN comme la manifestation d’un certain état d’esprit intuitif, ce qui est au-delà du raisonnement analytique. On parle alors de YOMI ou « intuition ».
De ce fait, la notion de SHIN et plus encore, la pratique du SHIN est intrinsèquement liée aux notions de MUGA (absence d’ego ou de volonté pensante ou de volonté d’agir) et de MUNEN (la non-pensée, ne pas réfléchir à l’action). Le travail du SHIN se nourrit donc de MUNEN et de l’absence de MUGA afin d’aboutir à MUSHIN (la parfaite absence de volonté et de manifestation de l’ego analytique).
Or, notre mental analytique (qui analyse une situation) a besoin de nos cinq sens pour connaître l’environnement. L’œil physique, en particulier, est un outil précieux pour notre mental. Le mental analytique est utile avant la situation de combat, pour appréhender l’environnement (nature de l’arme de l’adversaire, position du soleil, nature du sol, échafauder stratégie et tactique, etc …) et là s’arrête l’utilité du mental.
Nous allons séparer le SHIN en « mental inférieur » ou « mental analytique », du « mental supérieur » ou « mental intuitif ». Mais dans la réalité il n’y a ni « inférieur », ni « supérieur » ; ce n’est qu’une vue de l’esprit, car il y a le mental tout court.
Quoiqu’il en soit, le mental inférieur et analytique, utilise et a besoin de l’œil physique pour que ce dernier lui transmette toute information relative à la situation de combat. Or, le temps de réaction du mental analytique puis du corps, est beaucoup trop long pour réagir à une attaque fulgurante. Tout l’art de SHIN consiste donc à faire taire son mental analytique (inférieur) de façon à ce que le mental intuitif YOMI (sans pensée analytique) puisse rentrer en action et permettre au corps une action fulgurante.
Dans notre pratique, le travail du SHIN regroupe deux réalités :
1 - SUIGETSU KEN ou le sabre du reflet de la lune sur l’eau.
Cet état d’esprit consiste à percevoir la volonté d’attaque de l’adversaire, dès qu’elle commence à germer dans son mental. Mon mental fonctionne comme un miroir ou comme le reflet de la lune sur la surface d’un étang calme et peut, ainsi, refléter les pensées de l’adversaire.
Pour appréhender SUIGETSU KEN, les étapes à respecter sont les suivantes :
voir l’adversaire comme s’il était transparent en projetant son regard d’une certaine manière. Ainsi, l’action de l’œil physique diminue et ne transmet plus (ou moins) d’informations au mental analytique. Celui – ci va s’affoler un moment (il perd prise sur son environnement) et laisser place au mental intuitif qui va ainsi « prendre la relève » du mental analytique. L’effacement de l’œil physique constitue une étape indispensable. Certains parlent aussi du regard de la montagne lointaine ou « ENZAN NO METSUKE ».
faire jaillir le KI par le travail de HARAGEI. Aucune manifestation du SHIN n’est possible sans la maîtrise du KI et il existe une corrélation directe et étroite entre le KI et le SHIN.
Unir son SHIN avec celui de l’adversaire ou « SEISHIN O AWASERU » ; unir les esprits comme s’ils étaient collés. Ainsi, si son esprit bouge, mon esprit bouge en même temps et je peux « lire » ses pensées. Quand il pense à la lettre A du mot « Attaque », j’impose mon SHIN pour l’empêcher d’attaquer ou j’attaque avant même que l’adversaire n’ait fait le moindre geste. Ainsi, mon mental est comme le reflet d’un étang calme, sans vagues (les vagues sont les pensées ou volonté de vouloir percevoir le moment de l’attaque) qui va refléter la lune (la volonté d’attaque de l’adversaire). Mon mental ne pense pas à refléter les pensées de l’adversaire, pas plus que l’étang ne pense à refléter la lune. Mais si mon mental se trouble, c'est-à-dire si le mental analytique reprend le dessus, alors je suis incapable d’anticiper l’attaque et la volonté d’attaque de l’adversaire ; je suis donc en retard sur mon adversaire. De même, les vagues provoquées à la surface de l’étang, brouillent l’image de la lune.
Ainsi en est – il de SHIN.
Il va sans dire que l’adversaire ne doit rien laisser transparaitre de sa volonté d’attaque, ni par le regard, ni par la respiration, ni par quoique ce soit qui pourrait « me mettre la puce à l’oreille » de son intention d’attaque. Plus l’adversaire pense fortement à la partie qu’il veut attaquer, plus il sera facile pour mon SHIN de capter cette volonté d’attaque et même l’endroit où se porte sa volonté d’attaque, la partie de mon anatomie qu’il veut atteindre.
Ce travail du SHIN est applicable à tous les BUDO, avec ou sans arme.
La méthode pour y parvenir relève du secret et constitue LE SECRET de toute école authentique d’escrime japonaise. Les techniques secrètes n’ont aucune valeur si elles ne s’appuient pas sur l’esprit intuitif. La transmission de ce secret ne peut être qu’orale et le secret se garde de lui – même pour qui n’a pas atteint un certain niveau de maturité mentale. Certains parleront de 6ème sens, moi je parlerais plutôt de fluidité mentale.
SUIGETSU crée un trait d’union entre les deux adeptes et les unie. Toute notion de dualité finit par s’effacer et les deux adeptes ne forment plus qu’une seule entité ou un seul esprit ISSHIN. La notion de confrontation finit par s’effacer au profit de la notion d’union et d’amour. Ne pas prendre conscience de cette unité entraîne la mort d’un des adeptes, voir une mort simultanée.
2 – MUSÔ KEN ou le sabre de la non pensée ou de la non volonté.
Cet état d’esprit consiste à faire taire toute volonté d’attaque qui pourrait être captée par l’esprit de SUIGETSU KEN de l’adversaire et à faire jaillir son attaque d’un esprit de non pensée.
Pour cela :
- faire taire toute volonté d’attaque et toute pensée sur l’endroit que l’on va attaquer, afin que ma volonté ne soit pas captée par l’état d’esprit SUIGETSU de l’adversaire.
- Faire taire toute volonté afin d’attaquer et laisser agir mon arme comme si ma propre arme était naturellement et inconsciemment aspirée sur la partie corporelle la moins protégée de son adversaire (existe – t’il un KI d’attraction à ce niveau ?).
La méthode pour y parvenir relève du secret et constitue l’effacement de soi ou MUSHIN. Elle constitue la méthode ultime telle que définie par des maîtres comme ITTO ITTOSAI KAGEHISA de ITTO RYU pour le KEN JUTSU ou comme HAYASHIZAKI JINSUKE SHIGENOBU de SHIN MUSO HAYASHIZAKI RYU pour le IAI JUTSU.
Ce double travail du SHIN qui relie ou unie deux adeptes a donné naissance à deux concepts du BUDO : la notion de IAI et la notion de AIKI.
L’interprétation qui suit est toute personnelle mais elle est directement liée aux lignes écrites ci – dessus.
IAI est constitué de deux kanji : I pour « être » et AI pour « union ». Le IAI étant « l’union des êtres », mais on pourrait dire aussi « l’union des esprits ». Cela revient à dire que le IAI est l’art d’unir son esprit à celui de son adversaire afin d’anticiper sur les actions de l’adversaire. Pris dans ce sens, on peut comprendre pourquoi et comment certains adeptes peuvent vaincre un ennemi qui a son sabre déjà dégainé alors que l’adepte de IAI a le sien au fourreau. L’art consiste donc comme le dit Maître OTAKE du KATORI SHINTO RYU à « développer une vivacité d’esprit supérieure à celle de l’adversaire ».
Le concept d’AIKI est assez récent dans l’histoire et semble remonter à 1764 dans un densho (transmission écrite d’un makimono) de l’école de JIU JUTSU KITO RYU. La définition de l’AIKI est la suivante : « Contrôler et maîtriser dans l’attaque et la défense tout type d’intention avant que celle – ci ne devienne insurmontable ».
La deuxième utilisation de l’AIKI avec le sens qu’on lui donne dans AIKIDO, provient de l’ouvrage BUDO HIKETSU : AIKI NO JUTSU (texte secret sur le BUDO : AIKI NO JUTSU) publié en 1873 par un journaliste au nom de plume de BUKOTSU KYOSHI. Ce dernier précise que AIKI NO JUTSU est à l’origine de tout principe martial et qu’il en constitue l’élément le plus important. Il en donne la définition suivante : « Devancer l’ennemi dans ses intentions et mouvements » ou encore « l’art de discerner les intentions et pensées de l’ennemi ». il est clairement fait référence au principe de SUIGETSU KEN décrit précédemment.
La troisième utilisation de l’AIKI sera celle de Maître TAKEDA SOKAKU et du DAITO RYU AIKI JUTSU et enfin la quatrième utilisation de l’AIKI sera définie par Maître UESHIBA avec un sens certain de non dualité, d’harmonie et d’union vers la paix avec son partenaire.
Ce qui est intéressant dans l’AIKI c’est la notion d’union des KI. Si on remplace KI par SHIN on a alors l’union des SHIN, l’union des esprits. Au Japon, on incluse la notion d’esprit dans le KI, le SHIN étant alors une manifestation du KI.
On a alors un art qu’on pourrait appeler AISHINDO à la place de AIKIDO. C’est l’art d’unir les esprits, comme en IAI, l’art d’unir les êtres (esprits) !
Or le concept de IAIDO créé par NAKAYAMA HAKUDO HANSHI dans les années 30 rejoint le concept d’AIKIBUDO créé par UESHIBA dans les années 30. Ces deux disciplines auraient pu s’appeler de la même manière puisqu’elles visent , toutes deux, à unir les deux adeptes (AI de AWASERU / unir est le même kanji utilisé par les deux disciplines).
En conclusion, il serait aléatoire de compter uniquement sur la seule force du KI et du SHIN, de même qu’il semble bien aléatoire de compter que sur la force de son corps ou de son niveau technique pour vaincre dans un combat. C’est bien l’harmonisation et la conjonction de Tai, le corps allié à la technique et à l’arme, de KI et de SHIN, qui permettent de développer l’excellence dans les BUDO. Le corps / technique est le support de l’expression de SHIN et permet l’expression du KI. C’est pourquoi, dans toute pratique authentique, le corps est préservé, même si pas toujours ménagé, pour permettre l’expression du KI et du SHIN le plus longtemps possible dans l’existence humaine.
Aux nombreux sceptiques sur l’existence et sur l’utilisation du KI, je ne peux que leur conseiller de venir nous rencontrer à notre dojo, Groupe scolaire Simone Signoret à Saint Priest, ou de réaliser l’exercice suivant :
Approcher doucement vos mains l’une vers l’autre, paumes face à face : Si vous faites taire votre mental et votre envie de « ressentir les choses », vous allez naturellement ressentir comme une sensation d’opposition entre vos paumes (loi d’opposition du KI), comme si on rapprochait les pôles identiques de deux aimants qui se repoussent. Si après cette sensation d’opposition vous écartez vos mains à l’opposé l’une de l’autre, vous sentirez comme une attraction entre vos paumes, comme une sensation de chewing gum qu’on chercherait à décoller (loi d’attraction du KI).
Enfin, pour clore cet essai, je conseille à tous de voir ou de revoir le merveilleux film de Michel RANDON, « Les arts martiaux ou l’esprit des BUDO », dont le fil conducteur n’est autre que le KI et le SHIN.
Les DVD sur Maître UESHIBA montrent clairement la capacité de ce dernier à unir et à coller son SHIN avec celui de son partenaire (ce qui explique sa capacité à combler un MAAI de plus de deux mètres !).
L’amélioration constante du travail du KI et de SHIN constitue une source inépuisable de motivation et de persévérance dans la pratique des BUDO. Sans ce double travail, il est probable que l’adepte arrêtera, tôt ou tard, sa pratique des BUDO.
Enfin, ce double travail de KI et de SHIN constitue le seul véritable critère d’appréciation du niveau d’un adepte, pour les maîtres de sabre des temps passés comme pour les maîtres authentiques d’aujourd’hui. Il ne peut en aucun cas être acheté, volé, ni même enseigné dans le cadre d’une fédération. Mais toute personne peut appréhender le KI et le SHIN et tout apprentissage passe par la répétition de méthodes de travail.
Le secret est bien gardé et se garde de lui – même.
J’invite toute personne de bonne volonté à venir pratiquer dans le cadre de l’association AIKIKAI DU RHÔNE.
PIERRE SALVETTI, le 30 octobre 2011
A mes disciples et à toute personne de bonne volonté
"Pierre Salvetti est un nouvel enseignant à l’aikikai du rhône. Sa connaissance du bujitsu ,de la tradition martiale japonaise ainsi que du boudhisme tantrique shingon en fait un grand expert. Vous pouvez aussi profiter de son précieux enseignement qui est unique dans la région lyonnaise. L’aikikai du rhone poursuit ainsi son orientation vers une connaissance profonde de l’humain dans sa subtilité à travers ses différentes activités : aikido, bujitsu pour les arts martiaux traditionnels, qigong, taijiquan, shiatsu, anmo pour les méthodes de bien-être, des conférences sur la santé sont aussi organisés périodiquement au centre louis braille.
Tous nos articles dans over-blog sont le reflet de l’enseignement du club.
B.George-Batier
Président aikikai du Rhône"